« WC japonais » : le terme que (presque) tout le monde utilise, à tort

Commençons par l'évidence : en France, l'écrasante majorité des internautes tapent « WC japonais » ou « toilette japonaise » pour trouver ce type d'équipement. C'est de très loin l'expression la plus répandue dans le langage courant. Le souci, c'est qu'elle est historiquement... à côté de la plaque. Nous allons le voir, cette technologie ne vient ni du Japon, ni même d'Asie. Elle vient de Suisse et des États-Unis. Le Japon n'a fait qu'une chose, mais il l'a très bien faite : la rendre populaire au point de l'associer à jamais à son image.



Une invention... suisse ? Retour aux origines

L'histoire commence dans les années 1950 à Zurich, dans le sous-sol d'un certain Hans Maurer. Cet ingénieur suisse passe près de deux ans à développer un WC capable de laver et sécher automatiquement, à l'eau chaude. Présenté à la Foire de Bâle en 1957, son invention est accueillie... par des moqueries, et le sujet est encore tellement tabou que Maurer se fait littéralement huer. Il ne vendra que 300 exemplaires en quatre ans. Il faudra attendre 1961 et le lancement d'un modèle baptisé « Standard » pour que les ventes décollent enfin : 10 000 unités écoulées en quinze ans. Le nom de sa marque ? Closomat, contraction de « closet » (les toilettes, en anglais) et « automatic ». Dès 1963, cette innovation suisse commence à séduire le Japon. Et comme si une seule entreprise helvétique ne suffisait pas à cette histoire, une autre société suisse, Geberit, lance elle aussi ses propres toilettes à bidet intégré en 1978, sur le marché européen cette fois.

Un père de famille new-yorkais et son « Sitzbath »

Pendant ce temps, de l'autre côté de l'Atlantique, un publicitaire de Brooklyn nommé Arnold Cohen invente sa propre version du concept, indépendamment des Suisses. Son père souffre de douleurs rectales chroniques, et Cohen imagine, en 1964, un siège de toilette capable de laver puis sécher à l'air chaud. Il dépose un brevet sous le nom de « Sitzbath » et fonde l'American Bidet Company. Mais dans l'Amérique puritaine des années 1960, vendre un appareil qui lave les parties intimes à grand renfort de publicité relève de la mission impossible : peu d'annonceurs acceptent même de diffuser ses campagnes. En 1967, une entreprise japonaise de sanitaires, Toyo Toki, rachète sa licence et commercialise l'appareil sous le nom de « Wash Air Seat ». Un échec commercial, autant aux États-Unis qu'au Japon : le produit reste cher, la technologie encore imparfaite, et la pudeur culturelle freine son adoption des deux côtés du Pacifique.

Toyo Toki devient TOTO, et invente le Washlet

En 1969, Toyo Toki change de nom pour devenir TOTO, un nom qui deviendra plus tard synonyme de sanitaires haut de gamme dans le monde entier. L'entreprise continue de perfectionner la technologie rachetée à Cohen, et en 1980, elle lance enfin un modèle qui va tout changer : le Washlet G. Son nom est la contraction de « Wash » et « Toilet ». Il embarque trois fonctions gérées électroniquement : le lavage à l'eau, le séchage à l'air chaud, et le chauffage de la lunette. Cette dernière fonctionnalité, en apparence anecdotique, va pourtant donner naissance à l'un des surnoms les plus utilisés du produit, comme on le verra plus loin. Grâce à une grande campagne publicitaire en 1982, le Washlet s'installe en quelques années dans la majorité des foyers japonais. Et c'est précisément ce succès local, et seulement lui, qui vaudra à ce produit inventé en Suisse et perfectionné aux États-Unis puis au Japon, le surnom de « toilette japonaise » dans le reste du monde.

Washlet®, une marque déposée devenue (presque) un nom commun

« Washlet ®» n'est pas un terme générique : c'est une marque déposée, propriété exclusive de TOTO. Aucun autre fabricant n'a le droit de l'utiliser pour désigner ses propres produits. C'est exactement le même phénomène linguistique qui a transformé « Frigidaire » en synonyme de réfrigérateur, ou « Kleenex » en synonyme de mouchoir jetable : une marque si dominante qu'elle finit par désigner toute une catégorie de produits dans le langage courant, bien au-delà de ses propres frontières commerciales. Faute de pouvoir employer librement le nom de la marque japonaise, les fabricants et distributeurs européens ont eu besoin d'un terme neutre et descriptif pour parler de la technologie elle-même. C'est ainsi que s'est imposé, en France, le terme « WC lavant » : plus factuel, plus générique, et surtout libre de droits.

E-bidet : la version anglophone (et son lointain ancêtre, le bidet)

Avant de parler d'électronique, il faut remonter au bidet lui-même, ce meuble de toilette intime apparu en France dès le XVIIe siècle. Son nom viendrait du vieux français « bidet », qui désignait un petit cheval : on s'installait à califourchon dessus, un peu comme sur une monture, pour se laver. Le terme « e-bidet » (pour « electronic bidet ») est la manière dont le monde anglophone désigne aujourd'hui ce que l'on appelle en France WC japonais ou WC lavant. Il met l'accent sur ce qui distingue vraiment ce produit de l'ancien bidet en porcelaine posé à côté des toilettes : l'automatisation complète du lavage et du séchage, sans avoir à se déplacer d'un meuble à l'autre. Le terme s'est largement diffusé en France également, notamment dans le commerce en ligne, où il cohabite désormais tranquillement avec « WC japonais » et « WC lavant ».

Lunette lavante et séchante : quand une simple fonctionnalité prend la place du produit entier

Voici un glissement de sens qui mérite qu'on s'y arrête.  Le terme "Lunette lavante et séchante" met l'accent sur les deux principales fonctions de l'appareil : le lavage à l'eau et le séchage à air chaud. Il désigne un abattant de WC équipé de ces fonctionnalités. Résultat, dans le langage courant, « lunette chauffante » a fini par désigner l'ensemble du produit, et pas seulement cette fonction précise. 

Et les autres variantes qui traînent sur Google : abattant lavant, toilette intelligente, toilette connectée

  • Abattant WC lavant : c'est le terme le plus précis techniquement. Il désigne uniquement la partie amovible (assise + couvercle) que l'on installe sur une cuvette de WC déjà existante, par opposition à un « WC monobloc », où la cuvette et le système lavant sont intégrés dans un seul et même bloc dès la fabrication.
  • Toilette intelligente / smart toilet : des termes plus marketing, utilisés pour les modèles les plus haut de gamme, dotés de fonctions connectées (application mobile, capteurs de présence, veilleuse, mode éco, ouverture automatique).
  • Toilette connectée : variante centrée spécifiquement sur la connectivité (Bluetooth, Wi-Fi, application), pour les modèles les plus récents.

Vos questions les plus fréquentes sur le sujet

Pourquoi appelle-t-on ça « WC japonais » si ce n'est pas le Japon qui l'a inventé ?

Parce que c'est au Japon que le produit, inventé en Suisse et perfectionné aux États-Unis, a connu son adoption massive dans les années 1980. L'association culturelle avec le pays est restée, même si l'origine technologique est ailleurs. 80 % des foyers au Japon en sont équipés.

Washlet est-il un nom de marque ou un terme générique ?

C'est une marque déposée par TOTO. Les autres fabricants ne peuvent pas l'utiliser, d'où l'usage de termes génériques comme « WC lavant » ou « WC japonais » pour désigner la même technologie, tous fabricants confondus.

Quelle est la différence entre un WC lavant et un abattant lavant ?

Le WC lavant est le terme générique pour toute la catégorie de produits (toilette japonais complet au sol ou suspendu). L'abattant lavant désigne plus précisément la pièce que l'on ajoute sur une cuvette de WC classique déjà en place, sans avoir à changer tout le toilette.

E-bidet et WC japonais, est-ce la même chose ?

Oui. « E-bidet » est simplement l'appellation la plus courante dans le monde anglophone (et de plus en plus en France) pour désigner ce que l'on appelle WC japonais ou WC lavant en français.

Le nom compte moins que l'expertise

WC japonais, WC lavant, e-bidet, toilettes japonaises, lunette chauffante, abattant lavant : quel que soit le mot que vous tapez sur Google, vous cherchez la même chose, une hygiène plus confortable et plus saine au quotidien. Chez Saniclean, première entreprise française spécialisée dans ce type d'équipement depuis 2006, on connaît cette histoire par cœur, et surtout, on sait vous aider à choisir le bon modèle, quel que soit le nom que vous utilisez pour le chercher.

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